Arrivée en Thailande

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Cher tous,

C’est dans une profonde déprime que je vous écris enfin. Je me lasse de la route, et de ses conducteurs imprudents, des blagues de Pierre et de l’odeur si forte de ses pieds le soir dans la tente, la Thailande ne laisse présager rien de bon, et nos dernières rencontres se sont montrées très désagréables…

Ahah, trève de plaisanterie. (Qui m’a crue???)

Je voulais juste casser un peu la routine du “Tout va génialissimement bien, tout est beau et tout le monde il est gentil!”. Désolé pour ceux qui s’en lassent, mais ce sera peut-être pour une autre fois. Ce rendez-vous hebdomadaire avec vous, qui me permet de partager au moins quelques lambeaux du bonheur et de la liberté que je trouve ici est la seule et unique routine que je savoure à l’autre bout du monde et je compte bien la préserver aussi longtemps que possible ! “Seule et unique”, peut-être pas d’ailleurs. Certes, je me suis largement défaite du rythme parisien  (des douches quotidiennes également), et j’apprends à vivre avec le “Aujourd’hui ne ressemblera en rien à hier”, mais quelques rituels quotidiens se sont imposés et nous sont bienfaiteurs : plier et déplier la tente, parler de la barbe étonnante de Pierre à un ou deux conducteurs (qui se risquent parfois à la toucher!), ajuster la lampe frontale sur ma tête, tendre le pouce au bord de la route, réaliser toute une série de mimes devenus classiques pour expliquer le principe du stop à ceux qui ne parlent pas un mot d’anglais et j’en passe. D’ailleurs, tant qu’on parle mimes et problèmes de communication, on a complètement innové hier, avec un routier, “Pom”, qui nous a fait monter dans la cabine de son camion-train, à la frontière thailandaise : Pour comprendre où on voulait s’arrêter, il a du faire appel à une interprète (service payant par téléphone), probablement assise à un bureau à des kilomètres de là!

Bref, briser la routine a du bon, du très bon. Ca permet de ressentir avec grande intensité ce sentiment particulièrement rare, mais particulièrement euphorisant. Celui qui nous fait dire : “Je suis exactement là où je dois être.”

C’est sur un toit de supermarché, par exemple, que je l’ai ressenti la semaine dernière. Alors qu’on venait d’avaler des kilomètres dans un pick-up le long d’une route de rêve, on s’est retrouvé sur ce toit, à n’envier qu’une seule chose : une bière (introuvable en contrée musulmane). Incroyable, mais vrai, le petit copain de la propriétaire du supermarché (qui ,au passage, nous a tenu un discours sur les serpents et les fantomes présents dans son jardin) a débarqué soudainement et nous a demandé: “Do you want a beer? Come with me!” Pierre a alors arpenté toute la ville en scooter avec lui à la recherche du breuvage tant désiré, me laissant admirer seule le jour tomber sur la ville.

Ce sentiment, je l’ai ressenti à nouveau, au beau milieu des rizières sur le scooter de Nensi. Ah, il faut que je vous parle de Nensi, un deuxième ange envoyé par le ciel, comme une deuxième Poupayou, pour ceux qui ont suivi. Alors qu’on déambulait  sous un soleil ardent en pleine ville, une femme est venue nous aborder, et nous a invités chez elle à la campagne pour deux nuits. Nensi, c’est le genre de femme qui s’excuse cinquante fois de ne pas avoir de douche “à l’européenne”, qui prépare pour diner trois plats de nouilles pouvant nourir un régiment entier et qui vous dit “Please, you have to finish”. C’est aussi le type de femme qui pose des questions étonnantes du genre “Pourquoi mister Balou a les yeux verts et toi les yeux marrons?” (Pour info, Pierre étant trop compliqué à prononcer pour les asiatiques et puisqu’il lui en faut peu pour être heureux, on a décidé de le rebaptiser “Balou”.  – Et je ne peux m’empêcher de ricaner chaque fois que quelqu’un prononce avec un grand sérieux les mots “Mister Balou”).  Nensi, c’est surtout une femme seule, si seule. (Grosse pensée pour vous, les filles, avec qui on a tant écouté “Femmes, je vous aime” de Julien Clerc au Congo). Une femme folle amoureuse d’un homme marié qui vit à Singapour. Une femme qui a perdu son seul enfant, qui se bat contre son cancer au cerveau, qui affronte sa famille qui n’accepte pas son statut de “maitresse” d’un home non musulman, et c’est surtout une femme pieuse qui fait 12 prières par jour, mais qui vous fait un clin d’oeil très complice devant le chef du village, quand il nous demande à Pierre et moi, si nous sommes mariés. Bref, Nensi c’est la femme qui nous a dit au revoir sur le bord de la route les yeux embués (et qui m’a presque fait pleurer de culpabilité en la laissant seule de nouveau…).

Après ces deux jours de repos et de bananes frites englouties chez elle, nous avons repris la route et avons traversé la Malaisie à une vitesse éclair ! Pour peindre nos quelques jours en Malaisie, je me contenterai de mentionner quatre moments phares :

–          Celui où j’ai savouré un coconut shake glacé, offert par un conducteur chinois peu après avoir passé la frontiere, les yeux écarquillés et la bouche bée devant le paysage défilant à la fenêtre, si… comment dire, si différent de l’ile Sumatra sauvage.

–          La journée irréelle passée avec Ina, une jeune malaisienne qui nous a trimballés toute la journée à Kuala Lumpur dans sa voiture climatisée. Au programme: des allers retours dans des centres commerciaux hallucinants à la recherche de cartes routières, restaurant luxueux (le genre de restau où l’eau est citronnée !), recherche d’hotel (à ses frais…) et réservation de tickets de bus pour touristes (à ses frais, de nouveau … – elle tenait vraiment à ce qu’on parte entre de bonnes mains)

–          La visite des Cameron Highlands, bondés de monde où l’on a marché entre les voitures des heures durant pour ficher le camp au plus vite (jusqu’à six heures d’embouteillages à cause du nouvel an chinois!)

–          Enfin, le diner, la nuit et le petit dejeuner partagés avec un couple russe, qui, comme nous, faisait du stop et plantait la tente !

Nous voila maintenant en Thailande (je ne pourrais raconter l’excitation provoquée par le fait de traverser une frontiere à pieds), assis dans une ville en bord de mer, choisie au hasard sur notre nouvelle carte routiere !

 Aire d'autoroute

Je vous embrasse fort et vous souhaite de briser la routine autant que possible, à votre tour.

PS : Apres avoir découvert que le Tibet n’était pas franchissable à moins d’y mettre le prix, nous avons décidé de totalement changer d’itinéraire! Je vous épargne nos longues conversations, à Balou et moi, autour de la carte du Monde, à imaginer tous les itinéraires possible pour rentrer en France sans reprendre l’avion. Il se pourrait bien que l’on soit en Mongolie, puis en Russie au printemps ! Affaire à suivre !

PPS : On a été pris en stop par un certain Monsieur Anus. Si, si.

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Lien vers le blog de Pierre 

http://hubbahubba2014.blogspot.fr/2014/02/j28.html

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Place aux photos

–          La cabine de notre premier routier thailandais, où j’ai dû me recroqueviller pour faire de la place à sa petite copine

Cabine

–          Ina et ses cheeseburgers inoubliables dans le restaurant luxueux

Cheese

          Notre parcours sur carte IGN !

Debuts ThaiIndo-Malaisie

Deux paires de jumelles rencontrées chez Nensi autour de moi (oui, improbable)

Jumelles x 4

Paysages admirés depuis l’arriere d’un pick-up

PIck up 1

Pick up 2

Une photo souvenir avec des policiers indonésiens qui ont pris très au sérieux l’auto-stop et qui ont tout fait pour nous trouver un camion.

Policiers

Deux photos prises sur le scooter de Nensi, dans les rizieres de campagne

Scooter 1

Scooter 2

Un T3 miteux qui nous a été offert dans une ville indonésienne pour y mettre la tente.

T3 miteux

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Translator of french and english financial texts into german
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