Bali

14 janvier 2014

Cher vous,

Cher vous à qui j’ai pensé si souvent à l’autre bout du monde, cher vous qui m’avez accompagnée , malgré vous, chaque jour de cette semaine qui me parait avoir été aussi longue qu’une année toute entiere. Vous n’imaginez pas comme je suis heureuse à l’idée d’enfin pouvoir coucher sur papier (avant de retaper dans un cybercafé miteux de Yogyakarta ces mots)un apercu, au moins, de ce qu’on a vécu depuis notre arrivée à Bali.

Je tiens à vous avertir, et à m’en excuser d’avance, vous ne lirez rien sur les plages paradisiaques de sable blanc, sur les dauphins qui longent le bord de mer, sur les volcans qui parsèment les iles indonésiennes, ou autres temples hindouistes. Pour la simple, et je crois bonne, raison que nous n’avons encore rien fait de tout ca… Sans aucun guide touristique en poche, Pierre et moi avons décidé de faire confiance en notre instinct, et surtout en nos rencontres plus incroyables les unes que les autres. Deux semaines de tourisme en Asie, c’est facile et j’imagine fantastique, mais six mois, c’est trop long, et peut etre meme lassant tant tout est fait pour le backpacker. En revanche, six mois de voyage au pays du coeur humain, ca, c’est une chance exceptionnelle.

Allons allons, je m’étends sur l’introduction alors qu’il est temps de rentrer dans le vif du sujet, de vous plonger dans quelques moments sublimes qu’on a vécus!

Sans transition aucune, ni explication du pourquoi du comment, je vais vous parler de Budi, routier, qui va de Bali à Sorabaya (ville de Java), plusieurs fois par semaine avec un camion rempli de noix de coco. Budi, c’est un maigrelet qui ne parle presque pas un mot d’anglais et dont le menton compte une vingtaine de poils longs, qu’on a rencontré* sur le bateau qui relie Bali et Java. (Rencontré* = en voulant passer entre les véhicules à la sortie du bateau, mon gros sac à dos a défoncé son rétroviseur. “I’m so so so sooooorry, sorry, sorry” “No problem. Where are you come from?” “France, Europe. And, you, where are you going?”). Du coup, Budi, c’est le jeune homme qui nous a gentiment accueillis dans sa cabine, avec qui on a partagé huit heures de route (à 45 km/h) dans la nuit avec de la musique indonésienne à fond, huit heures de fous rires irrépressibles à en pleurer. Entre autres moments inoubliables de cette nuit, il y a eu cette pause café, dans une guinguette en bambou au milieu de nulle part, avec son copain routier, un gros indonésien avec une queue de rat aussi longue que mon avant bras, à partager cafés, gateaux dégueulasses et karaoke aux paroles imprononcables! Et puis, il y a eu cette autre pause aussi, dans une station service, ou un chanteur raï beuglait dans son micro à 30 cm du visage de Pierre, à 2heures du matin, alors qu’on commencait à fatiguer, fatiguer de rire. Bref, Budi et ses noix de coco, on les oubliera jamais. Ils nous ont fait adorer la route. Et depuis cette nuit là, une bonne étoile routiere nous accompagne. On a meme parcouru 200km (toujours à 45km/h), à l’arriere ouvert d’un camion vide, en pleine journée. C’était si beau ces 4 heures allongés à regarder le ciel defiler sous nos yeux.

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Et surtout, c’était si beau de voir débarquer soudainement deux indonésiens (ne parlant pas un mot d’anglais), avec des instruments. A défaut d’échanger en parlant, on a partagé des notes de musique et des sourires. On a fini par quitter cet enclos à ciel ouvert pour déjeuner (toujours au milieu de nulle part) chez une indonésienne tres bavarde qui parlait indonésien comme si on la comprenait.

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….l’arriere du camion mythique avec les deux musiciens dont les gueules racontent mille et une histoires

Apres ce moment de pause émouvant (dont un échange gestuel intense avec son mari, tres curieux de tout – de notre carte IGN, de mon appareil photo et autre -), le hasard nous a envoyé des anges. Mais vraiment! Des anges tombés du ciel. Poupayou, son mari Papayou et leur fille Nawanq. Alors qu’on est au bord de la route à la recherche d’un bus, ou quoique ce soit d’autre, une voiture s’arrete et Poupayou, une petite femme portant un voile jaune-couleur-soleil (religion musulmane à Java) en sort et vient nous voir : “Let me explain. I am not a taxi. But if you want to join us, please, come. If you don’t mind…” Et voila qu’on passe l’apres midi avec ce couple de professeurs (Poupayou est prof d’anglais). On est alors crevés par la route de ces deux derniers jours et on se laisse donc porter par ce couple aimant et généreux à droite à gauche. Apres nous avoir offert un repas copieux au restaurant, ils nous conduisent tout droit en pleine campagne, dans leur petit village au milieu de magnifiques rizieres. De vrais lits nous attendent après une douche mémorable (4 jours qu’on puait le bouc), et nos discussions (passionantes) nous font sourire jusqu’aux oreilles. Papayou et Poupayou nous proposent alors de rester jusqu’a jeudi, afin qu’on puisse assister au mariage traditionnel de la soeur de Papayou. Hier soir, on s’endort donc, Pierre et moi, dans cette maison improbable, qui respire la gentillesse meme, dans un fou rire à l’idée de se ramener au mariage avec nos chaussures-sandales de randonnée anti-sexy. Malheureusement, ce reve, ce havre de paix, prend fin lorsque Poupayou, à 2heures du matin nous réveille (“I am so soooorrrrrry”), pour nous dire que la police du village est là, et qu’elle souhaite discuter avec nous. On passe alors une heure à les écouter parler indonésien, à répondre à tous types de questions sur le but de notre voyage, à les observer photographier nos passeports dans tous les sens… on nous demande (gentiment) meme de nous lever pour nous photographier (en pyjama!!!)! On finit tout de meme la nuit, mais à 7h du matin, Poupayou nous annonce (plus genée que jamais) que l’on doit partir, qu’elle n’a pas le droit de nous accueillir (le village a eu peur, peur qu’on soit là pour leur mettre telle ou telle mauvaise idée en tete..). Papayou et Poupayou nous offrent encore un déjeuner au restaurant, nous payent un billet de train (on a tout fait pour refuser!) pour rejoindre Yogyakarta. Il restent avec nous jusqu’au départ de train, Poupayou me supplie d’accepter sa bague et nous voila de nouveau seuls dans le train. Je me retiens d’exploser en sanglots, mais comme Pierre a une petite larme, je me permets d’ouvrir un peu plus les vannes. Je ne pleure pas de déception (parce que 4 jours avec eux auraient été fantastiques), mais parce que je me sens minuscule face à l’amour débordant de ce couple, face à cette gentillesse sans limite, qui n’attend aucun retour (on n’a rien a leur donner si ce n’est 2 tickets de metro parisien que je sais transformer en chemise-cravate grace à un art d’origami étudié).

On est donc arrivé ce midi à Yogya, completement assommés par l’émotion, et on a décidé de se (re)mettre dans la peau de touristes le temps de 2-3 jours, le temps de récupérer de ces derniers jours absolument riches, fous, euphoriques. Quelques longueurs dans la piscine de notre guest house, une biere fraiche et Cat Power dans mes oreilles me remettent sur pied, m’aident à prendre du recul sur toutes ces sublimes rencontres (l’alcool a donc du bon!), et m’ont donné l’envie de vous écrire! Demain, on ira visiter le fameux temple de Boruboudour (ou un truc du genre)… quand meme!

Ci-jointes, quelques photos :

– Un macaque identique à celui qui a attaqué et mordu jusqu’au sang Pierre en plein parc (ahahaha, je me plie encore en deux en y repensant)

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– Budi et moi devant son camion (pardon si on ne voit rien dans la nuit, l’intention y est)

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– Poupayou, Papayou et leur fille devant leur maison bleue (devenue couleur de la bonté humaine pour moi)

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– Et pour finir, 2 photos de notre meilleur spot de camping à Bali : le hasard, encore une fois, nous a amenés au pied d’un restaurant, ou un serveur nous a proposé de poser nos tapis de sol dans un coin de paradis. Une vue imprenable sur des montagnes de Bali. Un endroit ou Pierre et moi avons passé l’apres-midi completement seuls, à apprendre des poesies et fables par coeur (j’en connais déjà 5!), à jouer aux cartes, au diabolo (Pierre m’initie), à l’harmonica (on est tous les deux aussi nuls), à écrire dans nos carnets de voyage respectifs (merci Corinne, Yves et les super copains de prepa), à lire (MERCI Cléa pour ton livre que j’ai dévoré), et aussi, à apprendre à nous connaitre l’un l’autre… Mon coeur sourit en repensant à cette demie-journée hors espace temps, hors tout.

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Ah oui, je voulais aussi vous dire, qu’en plus des nombreuses qualités qui font de Pierre un compagnon de route idéal, Pierre a le chic de se lever souvent 1 ou 2 heures après moi, ce qui me permet de savourer une semi-solitude matinale bienfaitrice, et bien sur, de penser fort à vous.

Je vous envoie du soleil, des rizières splendides, des pluies chaudes et des rires indonésiens par milliers. Je vous souhaite, à défaut de vous en mettre plein la vue dans le metro parisien ou le froid grenoblois, de vous en mettre plein le cœur, comme nous.

Je vous embrasse tres fort, et vous dis à bientôt, depuis un cybercafé dont Dieu seul sait ou il sera !

About lorenztradfin

Translator of french and english financial texts into german
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